Pourquoi se poser la question ? Parce qu'en 2021, le numérique est partout. Toutes les démarches se font en ligne, tout comme une grande partie de nos communications, et nous avons dans la poche un ordinateur bardé de capteurs et connecté à Internet en permanence. Le numérique contribue-t-il à faire de nous des citoyens plus autonomes… ou des consommateurs passifs et dépendants ?
Ce n'est pas le numérique en lui même qui détruit ou développe la raison. Le philosophe Bernard Stiegler disait que le numérique est un pharmakon, c'est à dire qu'il peut être soit un poison, soit un remède, selon l'objectif pour lequel il est développé. 1)
Pour mieux comprendre les enjeux et rapports de force, petit historique.
Tout commence dans le années 60 : les ordinateurs sont gros et le logiciel est libre.
Au commencement :
Un tournant en 1975 : An Open Letter to Hobbyists de Bill Gate (Microsoft).
Lettre envoyée au Homebrew Computer Club, club d'informatique de la Silicon Valley. Parmi les passionnés qui s'y retrouvaient : Steve Wozniak (concepteur des premiers ordinateurs Apple jusqu'au Macintosh) et Steve Jobs.
Les passionnés se partageaient leurs logiciels, mais aussi des copies d'un logiciel commercialisé par Microsoft. Bill Gate va signifier aux passionnés que l'informatique était maintenant un business sérieux à réserver aux entreprises comme la sienne.
Élément déclencheur : Unix, le principal système d'exploitation, n'est plus distribué sous forme de code source
En réponse, Richard M. Stallman annonce le projet GNU en 1983 puis crée la Fondation pour le Logiciel Libre en 1985.
Il théorise le logiciel libre, qui se résume en 4 libertés 3):
1989 : création du web par Tim Berners Lee.
Plutôt que de déposer un brevet et d'exploiter commercialement son invention, il l'a léguée (spécifications et code sources) au domaine public pour que le plus grand nombre en profite.
Écrasante victoire de Windows, abus de position dominante de Microsoft.
Stratégie de “vendor lock-in” (ou “enfermement propriétaire” en français) pour rendre la clientèle captive. Par exemple, offrir deux mois de Microsoft Office, mais l'utilisateur était ensuite obligé de l'acheter pour continuer à accéder à ses fichiers, car ceux-ci étaient dans un format fermé.
… et pourtant, le logiciel libre se développe :
Dans les années 2000, les valeurs du Logiciel Libre s'étendent à d'autres domaine : généralisation du “construire ensemble”. Quelques exemples :
Le concept de “communs”, généralisation des concepts du Logiciel Libre, se répand dans tous les domaines.
Fin des années 2000, une nouvelle menace pour les libertés : le cloud computing ou informatique dématérialisée Apparition des services web, qui semblent remplacer les logiciels à installer sur son ordinateur. Pratique : tous les aspects techniques semblent disparaitre. Plus besoin d'acheter des logiciels, on les loue, voire ils sont gratuits ! Mais si c'est gratuit, c'est vous le produit ! Problème : le cloud n'existe pas, c'est juste l'ordinateur de quelqu'un d'autre : les données ne sont plus sur votre ordinateur personnel, mais chez les fournisseurs de ces services (Google, Facebook…) Comment cela pourrait-il tourner mal ? ⇒ révélations de Snowden.
Les logiciels libres sont les seuls assez transparents pour garantir le respect de la vie privée des utilisateurs.
Dans le modèle du Software as a Service, le rapport de force est défavorable pour l'utilisateur, qui n'a plus aucune autonomie. Le fournisseur peut vous couper le service quand il veut, augmenter ses tarifs (exemple de Google Maps). L'utilisateur est pied et main liés.
Utilisé par tous les Big Tech :
Les Big Techs n'existeraient pas sans le logiciel libre, mais ils ne voudraient pas que nous l'utilisions ! Mais pourquoi utiliser la copie quand nous pouvons utiliser l'original ?
Retard technique et stratégique en Europe, où l'on semble accepter la soumission aux GAFAM et autres sociétés Big Tech principalement américaine et chinoises… Quelques avancées néanmoins :
Voir le site Dégooglisons Internet par Framasoft
Collectif des Hébergeurs Alternatifs Transparents Ouverts Neutres et Solidaires (https://chatons.org) ⇒ « un réseau d'AMAP du service en ligne » fournisseurs de services numériques éthiques
… sur le libre et les communs ?
… sur la surveillance de masse ?